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Familles fondatrices de Bromont
Ici Maintenant poursuit sa série d’articles sur ces familles fondatrices de Bromont qui ont façonné
la jeune histoire bromontoise et continuent de l’honorer. À vos souvenirs, pour l’avenir.
La famille Carbonneau : grandir avec et pour sa ville
Lily Gaudreault, collaboratrice
Ils arrivent en paires, en trio ou en des projets, ainsi que de solides 1974. « On connaissait le lieu à
groupes : rarement seuls. Si l’on habiletés techniques. Désormais fond : toute notre enfance, on était
discute avec André, il parle de propriétaire, Paul a dû payer son venus y pêcher la barbotte »,
Michel et proposera d’inviter leur premier compte de taxes — soit la rappelle Michel Carbonneau.
sœur Lyse. On discute avec un ou somme mirobolante de 25 $ !
une Carbonneau, et tout de suite il Mais peu après 1976 sévit la crise
y aura une référence à leur père Au cours des années 1960, les du pétrole et les grands travaux se re
La famille Carbonneau dans les années 1970. De g. à dr. 1 rangée, l'aînée
Paul, à un frère, à la cousine ou la modes de chauffage se moderni- sont faits rares pour des dévelop- Lyse, les parents Paul et Yolande, Martin (le benjamin) et Michel;
fille de… par solidarité. sent. Les citoyens abandonnent peurs comme les Carbonneau. 2 e rangée, Réjean, Stéphane et André
graduellement les installations à C’est à ce moment qu’André et
Ils étaient huit à la maison : six l’huile pour les chaudières au Michel se sont exilés en Ontario Les Carbonneau sur la scène années d’expérience et le génie
enfants et deux parents autour de mazout. C’est alors que la compa- pour y poursuivre leur formation internationale bromontois.
la table, auxquels s’ajoutaient amis gnie Paul Carbonneau oil and en soudure et en mécanique du Au fil du temps, d’autres membres
et voisins et souvent même le curé burner voit le jour. Déjà, il s’agit bâtiment, et trouver du travail. de la famille fondent eux aussi En 2018, les frères André, Michel et
du village. La cuisine inventive d’une entreprise familiale, puisque Deux ans plus tard, ils reviennent à leurs entreprises de façon complé- Stéphane Carbonneau confient
de la mère Yolande Cadorette, Yolande assume des tâches de Bromont, forts de leur expérience, mentaire à Carbonneau et fils. Ils les clés de leur entreprise à un
véritable cordon bleu, y était cer- gestion et de comptabilité. Paul pour reprendre du service. C’est se regroupent sous le nom de nouveau trio d’hommes d’affaires,
tainement pour quelque chose. insuffle ses valeurs communau- alors que le mauvais sort frappe Groupe Carbonneau inc. Pendant sans liens familiaux avec eux.
Comment définir ce couple com- taires à son entreprise de plom- leur père Paul : il meurt à 46 ans vingt-cinq ans, c’est le Groupe qui Mais l’esprit des Carbonneau est
plémentaire formé de Paul et berie et chauffage. « Un client, c’est d’une crise d’angine pendant a assuré l’entretien de la majorité loin de s’éteindre, puisqu’au fil des
Yolande ? Par trois mots-clés venus un ami, affirme-t-il, et il se vantait son sommeil. Comment traverser des grandes entreprises du parc générations, la famille a su garder
spontanément aux lèvres de parfois d’avoir mis le pied dans cette épreuve, en réalisant qu’on scientifique de Bromont : GE, « ce sens de la région et ce désir
Lyse, la fille unique de la fratrie : chaque maison du village. » Pour perd non seulement le pilier IBM, Teledyne et Consoltex, par de contribuer à la bâtir et la déve-
« Engagement, communauté et lui, chaque appel de service cor- familial, mais également son idole, exemple. Le Groupe s’est même lopper », selon Leslie Carbonneau,
créativité. Mes parents avaient respondait à un nom de famille : son mentor ? « Le premier récon- illustré au niveau national et fille d’André et de Linda. Elle
une forte conviction religieuse, il allait rencontrer monsieur ou fort nous est venu des citoyens international. L’expertise en matiè- ajoute que plusieurs de ses cou-
comme le voulait l’époque, mais madame Pelletier, Laporte ou bromontois lors des funérailles. re de centrales hydro-électriques sins et cousines font preuve de
aussi un grand dévouement Lequin et non seulement travailler L’église était pleine à craquer et a donné lieu à des alliances avec leadership, notamment Alexandra
envers leurs proches. Les voisins à une adresse. Astucieux et géné- les témoignages de sympathies et la Colombie-Britannique et même Carbonneau qui a construit avec
devenaient notre famille élargie. reux, il n’hésite pas à faire des les louanges ont afflué pendant la France. La réalisation d’un projet ses parents le Domaine Yamaska,
Côté professionnel, mes parents échanges de services avec les des semaines », raconte André en Haïti a d’ailleurs valu à l’en- site de villégiature situé à Bromont.
étaient de véritables dévelop- Bromontois ou même à pratiquer Carbonneau. Madame Cadorette- treprise le Prix distinction pour Selon Leslie, conseillère en déve-
peurs d’idées. » de simples gestes d’entraide, par Carbonneau a aussi reçu beau- l’entreprise de l’année, remis par la loppement bioalimentaire au CLD
altruisme. « C’était la réputation coup de soutien de son entoura- Chambre de commerce de Granby de Brome-Missisquoi, c’est au sein
Ces mots-clés se sont traduits en qu’il avait : un homme généreux et ge, puisqu’il lui restait encore en 2012. Sans entrer dans la com- de cette grande famille que sa
actions par le vibrant exemple des souvent, les gens lui ont rendu la trois enfants à la maison. « Sachant plexité technique, mentionnons génération a appris la persévé-
parents Carbonneau. Pratique- pareille », ajoute Michel. Les aînés qu’on poursuivait l’œuvre de que le défi de ce projet était rance et la présence aux autres.
ment tous les membres de la de la famille ont travaillé dans notre père avec les mêmes valeurs colossal : il s’agissait de démonter
famille Carbonneau ont fondé une l’entreprise familiale dès qu’ils ont et la même conscience du travail une centrale désuète en Haïti, de Laissons à Paul la meilleure des
entreprise à Bromont : la soudure, pu. « Ils travaillaient tous fort, bien fait, la population a continué la remettre à neuf à Bromont et de conclusions : « Rien n’est impos-
les systèmes hydriques, la méca- mais dans la bonne humeur, ils de nous encourager dans tous nos la réinstaller en sol haïtien. Un sible, si tu crois en toi. »
nique du bâtiment n’ont pas de égayaient leur entourage », préci- projets », ajoute André. succès total qui a reconnu les
secret pour eux. Lyse a, pour sa se Linda Plouffe, qui forme un
part, fait prospérer pas moins de couple dans la jeune soixantaine
huit salons d’esthétique. Entrepre- avec André Carbonneau. Elle fait
neure et entreprenante, elle s’est partie de cette famille « un noyau
même transformée en organisa- d’amis », depuis son adolescence.
trice de loisirs dans sa prime jeu- Son propre père, entrepreneur
nesse. À la tête d’un groupe dans le domaine du paysagement,
d’amis, elle a persuadé le maire de et celui d’André se connaissaient
l’époque, Jean-Marc Bellefleur, de et c’est par l’entremise de ce
lui remettre les clés de l’école pour dernier — son allié — qu’elle a
y organiser des soirées de danse et gagné le cœur d’André. D’origine
des divertissements. bromontoise également, madame
Plouffe déplore la démolition de
Au début des années 1960, Paul et tant de belles demeures sur la
Yolande ont déjà trois enfants rue Shefford : celles qu’elle a habi-
quand ils décident de s’établir à tées dans son enfance, celle de
Bromont, sur la rue Shefford. Sur la son grand-père Georges-Aimé
terre qu’ils achètent se trouve une notamment, de Diana Plouffe,
vieille grange : une véritable quin- sa grand-tante. Elle parle avec
caillerie à ciel — presque ouvert. nostalgie des immenses érables,
Adepte du upcycling – surcyclage aujourd’hui disparus, qui faisaient
avant l’heure, Paul y trouvera les pratiquement un dôme sur la rue
matériaux nécessaires pour entre- Shefford.
prendre lui-même la construction
de la maison familiale. Muni de Le début des années 1970 marque
deux pelles rondes et d’une une période de croissance phéno-
brouette pour tout équipement, ménale pour Bromont. La famille
ce travailleur acharné réussira à Carbonneau y contribuera active-
ériger les fondations de sa demeu- ment en vue de préparer la tenue
re à même les pierres trouvées sur des Jeux équestres olympiques
son terrain. Ah ! N’oublions pas dans leur ville. Et bien sûr, l’entre-
qu’il était secondé par les trois prise détient son permis de travail
premiers petits Carbonneau : ! À l’époque, chaque ville accordait
apprentis aussi motivés qu’en- un permis aux entrepreneurs
combrants pour le maître, affirme œuvrant sur son territoire. À
Michel avec humour. « J’ai souvent Bromont, il se construit un hôtel,
surpris mon père en me cachant un terrain de golf et on rapatrie
dans son grand coffre à outils, les motels d’Expo 67 pour les
tellement je voulais l’accompa- transformer. Le cinéparc de
gner sur le chantier. » La maison Bromont, situé sur le site actuel du
sera habitable au bout de trois ans marché aux puces, ne désemplit
de labeur. Le résultat est édifiant : pas. La firme travaille au dévelop-
non seulement la famille pourra se pement immobilier autour du lac
loger, mais les enfants ont acquis Tétreault : ce plan d’eau qu’on
pour la vie le goût de développer appelle le lac Bromont depuis
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Ici Maintenant juin/juillet 2021

