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Centre d’art de Frelighsburg

                  Une nouvelle saison

                  Isabelle Marissal, collaboratrice


                                                                                 du travail des comédiens et du metteur en
                   Le Centre d’art de Frelighsburg a invité les artistes Bertrand Ruffieux, photographe d’art  scène.
                   et Makiko Hicher-Nakamura, céramiste, à exposer en duo.       La photographie est un décor dans lequel je
                                                                                 joue.  Il  est  l’ancrage  et  le  point  de  départ
                   La rencontre avec leurs œuvres promet une expérience empreinte de force, de poésie et
                   d’authenticité. Deux artistes, deux démarches, deux techniques. Une exposition en duo  d’une interaction avec l’œuvre. Je ne travaille
                   aux titres puissants :                                        qu’avec l’existant et je compose avec ce qui
                   L’azur m’ayant abandonnée - Makiko Hicher-Nakamura            est devant moi pour garder un lien vrai avec
                                                                                 le spectateur. Beyond the darkness lies beauty
                   Beyond the darkness lies beauty – Bertrand Ruffieux
                                                                                 propose un lien avec nos peurs. C’est passer
                                                                                 à travers le miroir, réduire au noir et rouvrir
                  Une promesse                    tisme.  Ces  pièces,  à  bien  des  égards,  sont  cet écran sur un monde où tout est inversé.
                  Les  titres  choisis  par  les  artistes  pour  leurs  typiques de mon travail : en argile - la matiè-  C’est une porte qui s’ouvre sur une beauté
                  expositions  m’ont  toujours  fascinée.  C’est  re que je préfère - d’une forme simple, la plus  encore plus subjuguante.
                  une première fenêtre entrouverte sur l’uni-  naturelle possible, et marquée comme la plu-
                  vers créatif de l’artiste. Un premier pas dans  part de mes pièces par l’idée du temps qui  Cette  démarche  m’amène  à  inverser  les  lopper  un  espace  de  réflexion  pour  mieux
                  le  sentier  qui  mène  à  une  rencontre  tou-  passe et altère les choses, leur donnant un  sources  de  lumière  et  donc  à  révéler  les  planifier la suite. La vision de Robert Lepage
                  jours  singulière.  Un  questionnement,  une  relief et une profondeur secrète. »  zones d’ombres. Cela entraîne chez moi une  m’est revenue face à l’obligation de sortir les
                  réflexion, une promesse.        Les  objets  façonnés,  émaillés  et  cuits  par  réflexion  face  à  mon  propre  rapport  à  ces  œuvres de leur milieu pour ouvrir les hori-
                  Le  poème  « Vivre  ici »  de  Paul  Éluard  (né                                               zons, les faire évoluer ailleurs. Cela permet de
                  Eugène  Grindel,  le  14  décembre  1895)  a                                                   faire  vivre  le  message,  un  peu  comme  au
                  inspiré Makiko Hicher-Nakamura. En voici un                                                    théâtre. »
                  extrait :
                  Je fis un feu, l’azur m’ayant abandonné,                                                       Pour Makiko Hicher-Nakamura, le plus diffi-
                  Un feu pour être son ami,                                                                      cile  aura  été  l’annulation  des  salons  et
                  Un feu pour m’introduire dans la nuit d’hiver,                                                 expositions.
                  Un feu pour vivre mieux.
                                                                                                                 « Mon travail dans mon atelier est solitaire. La
                  Je lui donnai ce que le jour m’avait donné :                                                   pandémie,  à  ce  sujet,  n’a  pas  changé  les
                  Les forêts, les buissons, les champs de blé, les vignes,                                       choses. Je suis heureuse seule, dans mon ate-
                  Les nids et leurs oiseaux, les maisons et leurs clés,                                          lier. C’est un peu comme une méditation.
                  Les insectes, les fleurs, les fourrures, les fêtes.                                            Mais  de  voir  les  salons  et  les  expositions
                                                                                                                 annulés, ne pas pouvoir rencontrer le public
                  Je vécus au seul bruit des flammes crépitantes,  l’artiste reflètent une intention poétique et  zones d’ombre, à effectuer un mouvement  et  être  privée  de  ces  riches  échanges,  ça,
                  Au seul parfum de leur chaleur;  une  facture  absolument  épurée.  À  leur  de bascule qui m’amènera à dépasser mes  c’était très difficile !
                  J’étais comme un bateau coulant dans l’eau fermée,  contact, on se sent à la fois apaisés et emplis  peurs face à ces zones. Cela m’oblige ultime-  Avec L’azur m’ayant abandonnée, je présen-
                  Comme un mort je n’avais qu’un unique élément.  du désir de voyager et de se perdre dans tous  ment à faire un retour sur mon moi profond.  terai une trentaine de pièces, des vases et des
                                                  les azurs que nous saurions imaginer…  C’est à cette rencontre à laquelle je convie  bols.
                  Makiko  Hicher-Nakamura  s’exprime  ainsi  :                   aussi les visiteurs. »
                  « L’azur,  la  plupart  du  temps,  est  compris  Au-delà de l’obscurité                       Du 10 juin au 4 juillet 2021
                  comme le ciel. Pour moi, dans ma démarche  Bertrand Ruffieux, quant à lui, s’exprime sur  La pandémie  La  rencontre  des  démarches  artistiques  de
                  artistique, l’azur est un peu devenu la pro-  le choix de son titre Beyond the darkness lies  Et la pandémie dans tout ça ?  ces  deux  artistes  dans  le  contexte  où  la
                  fondeur  marine.  Une  profondeur  qui  peut  beauty :                                         poésie, le romantisme, l’exploration de nos
                  tout  engloutir,  mais  aussi  restituer  certains  « Mon travail de photographe d’art propose  Pour Bertrand Ruffieux, lorsque la pandémie  peurs et la rencontre avec soi pourraient bien
                  objets perdus qui refont surface. Mon travail  d’aller  au-delà  de  l’obscurité  la  plus  ténue  s’est déclarée, une exposition était prévue à  offrir  un  espace  de  guérison  bienvenu  en
                  avec  les  glaçures  appliquées  avec  des  pour ouvrir les yeux sur un monde à quel-  partir du 22 mars 2020. « La pandémie et le  cette période si particulière.
                  éponges naturelles reprend cette idée par les  ques  fréquences  du  nôtre.  Beyond  the  confinement m’auront permis de rapporter
                  finis qu’il donne à mes pièces et le lien avec le  darkness lies beauty offre une rencontre avec  mes œuvres à la maison et de les accrocher  Pour ma part, je ne me priverai pas de tester
                  milieu marin.                   soi-même, c’est le présent qui est là sous nos  sur  les  murs  chez  moi.  J’ai  ainsi  pu  les  la promesse et mon agenda a déjà réservé
                  Ces créations m’ont été inspirées par l’idée  yeux.  L’observation  d’une  situation  telle  observer  avec  l’effet  de  la  lumière  chan-  cette plage pour ma plus grande joie !
                  d’une œuvre qui (peut-être suite à un naufra-  qu’elle est, mais sous un angle différent. À un  geante au fil des journées. Ces changements
                  ge) serait tombée au fond des eaux, où elle  moment  où  nous  en  avons  peut-être  tous  m’ont aussi permis de creuser ma réflexion  L’exposition en duo se tiendra au Centre d’art
                  aurait attendu pendant des siècles, solitaire,  besoin, c’est une ouverture sur la tolérance et  sur les sources de lumière provoquant des  de Frelighsburg du 10 juin au 4 juillet 2021,
                  peu à peu recouverte par les algues et les  l’acceptation de la multiplicité des points de  points de vue pluriels sur une même œuvre.  tous les jours de 9 h à17 h, au 2 e étage du 1,
                  coquillages et prenant la couleur des océans  vue.             En fait, c’est ce qui se passe lorsque plusieurs  place de l’Hôtel de Ville à Frelighsburg.
                  qui l’entourent.                Lorsque j’explore un lieu, je me laisse impré-  personnes  entrent  en  contact  avec  mes  450 298-5630
                  C’est un travail empreint à la fois de tristesse  gner de son atmosphère, des éléments qui le  photographies. Avec Beyond the darkness lies
                  et de poésie, celles des objets perdus, aban-  composent et des gens qui l’habitent.  beauty,  je  présenterai  15  œuvres  réalisées  Site  web  de  l’artiste  Bertrand  Ruffieux  :
                  donnés  de  tous,  que  le  temps,  peu  à  peu,  Mes  expériences  en  cinéma  et  en  théâtre  spécialement  pour  cet  événement.  Sept  www.bertrandruffieux.com
                  marque de son empreinte. »      m’amènent à regarder et ressentir ce lieu à  œuvres représenteront la nature et l’univers
                                                  travers  ces  prismes.  Une  plage  au  Maine,  océanique  et  huit,  dont  deux  triptyques,  Page  Facebook  de  l’artiste  Makiko  Hicher-
                  Profondeurs marines             par  exemple,  peut  receler  d’innombrables  représenteront  l’humanité  symbolisée  par  Nakamura :
                  « Il  y  a  aussi  cette  idée  des  profondeurs  scènes  à  capter  et  à  traduire  dans  mes  une architecture urbaine. »  https://www.facebook.com/makikohicher
                  marines,  des  gouffres  aquatiques,  qui  m’a  œuvres, un peu comme un photographe de
                  toujours fait peur, mais se teinte de roman-  plateau  qui  capterait  l’émotion  conjuguée  « Le confinement m’a aussi permis de déve-




















                                       Artisan de pierre naturelle – Aménagement extérieur – Aménagement paysager
                                         Gestion de projet - Plantation d’arbres matures – Mur, muret, patio et portail












                                     Téléphone : 450 770-2250          Courriel : ljette@creationlj.ca          www.creationlj.ca


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