Page 23 - ici Maintenant juin 2021
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Salut ultime de votre herboriste
Anny Schneider, autrice, herboriste et poétesse locale
Salutations à vous, chers Bromontoises-Bromontois!
J’écris dans votre journal local depuis mon retour en région, soit depuis environ 6 ans. Ayant atteint le début de ma
retraite, après avoir quitté Bromont et aussi mon travail-plaisir chez ZAYAT AROMA, j’ai décidé de lâcher l’une après
l’autre mes occupations ponctuelles. J’aime votre petite ville et en connaît beaucoup de recoins, grâce à mes chères
plantes et à la jolie partie de votre rivière à valoriser et à protéger plus que jamais.
Outre la nature sauvage qui vous reste, prenez soin de votre santé et celle de vos proches. À Bromont, vous avez
encore beaucoup d’atouts et de spécialistes à votre portée pour ce faire.
Je vous salue cordialement, surtout ceux qui m’ont aimée et bien accueillie et je vous offre ce texte aigre-doux sur ce
qui nous attend tous, tôt ou tard.
Et n’oubliez pas : l’essentiel se passe Ici et Maintenant. Le reste, bof !
Les aléas du grand âge Quand on se tourne d’avance vers le ciel, D’humour et de joie au présent,
Anticipant la mort souveraine, partant du soi réel, Avec un ralenti qui t’y ramène inévitablement,
Le blanc, l’hiver, le froid, le nord, Du cœur et de la mémoire, inscrits au cœur de l’akène, Et cette affinité si tendre
L’introspection, la sagesse, les bilans, le détachement, Notre âme-noyau qui contient tout notre destin, du début à la fin. Avec les petits enfants espiègles et les gentils animaux...
Voici ce qu’évoque le troisième âge
Pour les premiers peuples d’ici. Vieux-vieille, on se remémore alors avec plus de précision Aussi, cette sensibilité à fleur de peau,
Les scènes marquantes de sa petite enfance, Devenue plus douce d’ailleurs,
Quoi qu’il en soit, vieillir c’est dur, Négligeant les broutilles du quotidien Des larmes libératrices plus aisées à laisser couler,
Car vieillir, c’est perdre… D’autres fois, on s’y attarde trop… Les songeries, le silence, une sérénité nouvelle,
Perdre ses forces et ses moyens, Certains deviennent radins, voire paranoïaques, Dans le luxe du temps suspendu,
La tête parfois, ses fonctions souvent, S’accrochant à l’argent, pensant s’éterniser, Avec le moins possible de : j’aurais donc dû !...
Ses cheveux et ses dents, Ne faisant qu’éloigner leurs proches,
Son audition et sa mémoire, Cela dit, parfois des rapaces, Je voudrais finir mes jours
Prothèses et accessoires coûteux nécessaires Mais calculer constamment est épuisant, Sans trop de pertes d’autonomie,
Pour continuer à communiquer, Et la vie, ce n’est pas avoir, Plutôt crever gelée, seule dans la grande forêt,
Rester à l’écoute de l’autre et de l’univers, C’est être ou devenir soi-même, Comme les ainés autochtones,
Sinon, juste pour préserver sa dignité. Mais pas devant un foyer de luxe par moins 20, code d’entrée
Singulière, unique et incomparable, oublié !
Vieillir c’est perdre, perdre encore : C’est de tout cela qu’ils se souviendront…
Son travail, l’attention, l’acuité, Mais quand on a vécu une vie entière, J’en suis pas encore là, mais j’approche
Son importance, ses relations, Juste axée sur le boulot, De la vieillesse et de la fin inéluctables,
Ses compétences vite oubliées, Sa routine et son petit univers étriqué, On ne sait jamais quand elles surviendront,
Et déjà succombant, un à un : ses amis, sa famille, ses parents La suite et la fin seront encore pires. Parfois comme un voleur dans la nuit…
Aussi, ses fonctions et outils de séduction… Combien meurent d’ennui, le cœur fini, Pensez-y, quand vous verrez vos papys-mamies,
Pire chez les femmes, évidemment, Alcoolique ou sur les pilules, Ou vos parents, plus proches encore,
Classées comme antiquités dix ans avant les gars, La peau cramée sur une plage balisée de Floride, Aimez-les bien et dites-le-leur souvent :
Mais leur survivant en moyenne six ans de plus. Hé hé !
Ou pire : seul dans une chambre grise et puante d’un CHSLD, Merci de m’avoir engendré, écouté, éduqué, nourri et soigné,
Vieillir, c’est devenir plus sensible aux irritants, À bouffer de la bouette blanche, réveillé et couché trop tôt, Tu m’as tant aimé ou t’as bien essayé, je t’aime tant,
Au bruit, à l’alcool et la connerie, Faute de soignants disponibles, réservés aux cliniques privées, Moi aussi je suis et serai toujours là pour toi.
C’est moins supporter les compromis et les cris, Appelant sa maman, intubé dans un couloir surpeuplé… Ça, comme tout l’amour échangé dans nos vies inachevées,
C’est devenir plus grincheux, plus solitaire, Il existe toutefois quelques avantages à vieillir C’est jamais perdu ni à regretter,
Surtout cette année Covid horrible, pire que toutes, Pour la femme encore valide que je suis : Foi de quasi-aînée assez bien préparée,
Encore plus isolés, plus retirés, plus routiniers, Finies les montées d’hormones et les crises d’humeur extrêmes, C’est plus que jamais le moment de s’attarder à l’essentiel,
Moins tolérants à la frénésie anxiogène ambiante, Plus de poils en trop, de saignements et de sueur odorante, Pour moi, c’est plus que jamais :
Aux changements brusques et aux imprévus. L’amour, la nature, la poésie et la santé !
Moins d’angoisse, de passions univoques,
Pourtant, pourtant, le grand âge aidant, De fixations amoureuses absurdes, NDLR Toute l’équipe tient à remercier Anny de sa précieuse
Notre cœur s’ouvre plus facilement Mais plus d’écoute et d’ouverture, collaboration. Avoir pu recevoir les conseils « d’une fée des
À l’instant, à l’essence, à l’essentiel, D’attention et de bienveillance dans l’instant,
bois » fut un immense privilège. Bonne retraite, chère Anny !
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